Dès l’entrée du Salon international du livre d’Abidjan (SILA), quelque chose
frappe. Ce n’est pas seulement l’affluence ou le bruit des discussions, mais
cette impression de voyager sans quitter Abidjan. À cette 16e édition, le salon
a clairement pris une autre dimension. Le Liban, la Turquie, le Togo, le
Sénégal, l’Algérie et bien d’autres les accents se mêlent, les regards se
croisent, et les livres deviennent des passeports. Dans les allées, chaque
stand raconte une histoire différente. Du côté du Liban, les ouvrages attirent
par leur diversité. Romans, essais, livres d’histoire… « On sent que les gens
veulent découvrir autre chose », glisse un exposant, entre deux échanges avec
des visiteurs. Ici, les discussions tournent souvent autour de l’identité, de
la mémoire, des parcours de vie.
On prend le temps de feuilleter, de poser des questions, parfois de débattre. Un peu plus loin, la Turquie impose aussi sa présence. Le stand ne désemplit pas. Curiosité ou réel intérêt pour cette littérature encore peu connue du grand public ivoirien ? « C’est un mélange des deux », reconnaît un représentant, sourire aux lèvres. « Mais surtout, on découvre un public très ouvert. » Les visiteurs s’arrêtent, observent, demandent des conseils. Certains repartent avec un livre sous le bras, visiblement satisfaits de leur trouvaille. Puis, changement d’ambiance avec les stands ouest-africains. Au Togo et au Sénégal, on se sent presque à la maison. Les échanges sont plus directs, plus spontanés.
On rigole, on se reconnaît dans les histoires
racontées. « Nos réalités se ressemblent, donc forcément ça parle aux gens »,
explique un auteur togolais, entouré de jeunes lecteurs. À côté, un écrivain
sénégalais discute longuement avec un visiteur : « Le livre, c’est aussi ça…
créer la rencontre. » Ce qui marque surtout, c’est cette proximité. Ici, les
auteurs ne sont pas perchés sur une estrade. Ils sont accessibles. Ils
discutent, expliquent leur démarche, écoutent aussi. « C’est ce contact direct
qui fait la force du SILA », confie un professionnel du livre croisé dans les
allées. Et puis il y a les visiteurs. Beaucoup de jeunes, curieux, parfois un
peu perdus au milieu de toute cette offre, mais visiblement enthousiastes. « Je
ne pensais pas voir autant de pays ici », lance une étudiante, téléphone en
main, après avoir enchaîné plusieurs stands. « Ça donne envie de lire autre
chose. »
Au final, ce SILA 2026 dépasse le simple cadre d’un
salon du livre. C’est un lieu de rencontres, de découvertes, de discussions. Un
endroit où les frontières s’effacent, le temps d’une visite. Et où Abidjan,
pendant quelques jours, devient un point de rendez-vous pour les amoureux du
livre venus d’un peu partout.
Julien K.